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FIPECO, le 31.10.2017                                                                          

Les fiches de l’encyclopédie                                                          V) Les dépenses publiques

 

 

5) Les dépenses des opérateurs de l’État

 

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L’expression « opérateurs de l’État » n’apparaît pas dans la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) du 1er août 2001, mais celle-ci prévoit d’isoler des « subventions pour charge de service public » au sein des dépenses de fonctionnement, en comptabilité budgétaire, et de transmettre au Parlement des informations sur « les organismes bénéficiaires » de ces subventions. Ces derniers ont été, assez vite après la promulgation de la LOLF, désignés par l’appellation « opérateurs de l’État » dans les documents budgétaires.

 

Depuis 2006, un rapport sur les opérateurs de l’État est annexé au projet de loi de finances (PLF) et constitue la principale source d’informations synthétiques sur ces organismes avec les « projets annuels de performance » des 53 programmes auxquels ils sont rattachés.

 

Cette fiche présente d’abord les principales caractéristiques des opérateurs et de leurs dépenses d’un point de vue juridique puis leurs principaux enjeux budgétaires.

A)  Les caractéristiques juridiques

 

1)    La définition des opérateurs

 

Les opérateurs sont définis principalement par les caractéristiques suivantes : une activité de service public qui peut être rattachée à la mise en œuvre d’une politique de l’État ; un financement assuré majoritairement par l’État, sous forme de subventions ou de taxes affectées ; un contrôle direct par l’État relevant de l’exercice d’une tutelle. La liste des opérateurs figurant dans le rapport annexé au projet de loi de finances est établie par la direction du budget en se fondant sur ces critères.

 

Cette définition est très proche de celle des « organismes divers d’administrations centrale » (ODAC), qui constituent l’une des catégories des « administrations publiques » de la comptabilité nationale, mais les listes des opérateurs et des ODAC ne sont pas identiques.

 

2)    Le statut et la gouvernance des opérateurs

 

Les 486 opérateurs recensés dans le rapport annexé au projet de loi de finances pour 2018 ont des statuts juridiques divers. Ce sont surtout des établissements publics administratifs (53 %) ou des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (30 %), mais on y trouve aussi des établissements publics industriels et commerciaux (8 %)[1], des groupements d’intérêt public (3 %) ou des associations (2 %).

 

Outre, l’attribution de leurs moyens, sous forme de subventions ou de taxes affectées, le contrôle de l’État sur les opérateurs est assuré notamment par la nomination des dirigeants, la participation aux organes délibérants et le contrôle budgétaire (cf. ci-dessous). Les ministères de tutelle (en général, le ministère chargé du budget et le ministère chargé du domaine d’intervention de l’opérateur) assurent le suivi des orientations prises par les opérateurs et veillent à leur cohérence avec les politiques publiques auxquelles ces derniers contribuent.

 

Les gouvernements souhaitent depuis longtemps renforcer la dimension stratégique de cette tutelle en inscrivant les objectifs et les moyens des opérateurs dans des contrats pluriannuels passés entre ceux-ci et leur tutelle, qui ont pris de multiples formes et appellations au cours du temps. Toutefois, le rapport annexé au PLF pour 2018 relève que seulement 33 % des opérateurs disposent d’un contrat  en vigueur en 2017.

3)    Le contrôle des dépenses

 

Les opérateurs sont, pour la plupart, soumis aux dispositions du décret du 7 novembre 2012 sur la gestion budgétaire et comptable publique (cf. fiche sur le contrôle des dépenses publiques) et sont contrôlés par la Cour des comptes.

 

Le contrôle du Parlement peut s’exercer sur la base d’informations spécifiques aux opérateurs contenues dans les annexes aux projets de loi de finances et de loi de règlement. Outre le rapport de synthèse précité, les « projets et rapports annuel de performance » par programme comprennent un « volet opérateurs » qui indique notamment : les crédits destinés aux opérateurs rattachés au programme, leurs missions, leur budget, leurs effectifs.

 

Depuis 2009, un plafond des autorisations d’emplois des opérateurs de chaque programme est fixé chaque année en loi de finances. L’objectif de stabilisation des effectifs de l’État sur la période 2012-2017 fixé dans la loi de programmation des finances publiques de 2014 pour les années 2012 à 2017 correspond à la somme des plafonds d’emplois de l’État lui-même et de l’ensemble de ses opérateurs.

 

Certains emplois des opérateurs sont toutefois « hors plafond » : les contrats à durée déterminée, les contrats aidés et les emplois intégralement financés par un tiers (dont l’Etat par voie de mise à disposition) dans le cadre d’un contrat spécifiant leur nombre et leur nature. Un rapport de juin 2016 de l’inspection générale des finances montre que 17 % des emplois hors plafond ne respectent pas les conditions requises.

 

Comme les opérateurs n’ont, pour la plupart, pas le droit de s’endetter, en application de la loi de programmation des finances publiques[2], cette contrainte sur leurs ressources est un moyen de limiter l’évolution de leurs dépenses.

 

 

 

B)  Les enjeux budgétaires

1)    Le total des dépenses

 

Comme l’observe souvent la Cour des comptes dans son rapport annuel sur le budget de l’Etat, l’information disponible sur les dépenses des opérateurs est incomplète, fragile et tardive. Seules sont disponibles chaque année des informations sur leurs dépenses de personnel et leurs effectifs ainsi que sur les ressources apportées par l’Etat sous forme de crédits budgétaires ou de taxes affectées. Le rapport de la Cour des comptes sur le budget de l’Etat de 2016 note cependant que les opérateurs ont environ 15 Md€ de ressources propres et reçoivent près de 30 Md€ de subventions d’organismes autres que l’Etat, surtout de l’Union européenne. Dans ce même rapport la Cour note également que les dépenses des opérateurs ont atteint au total 96 Md€ en 2015, dont 21 Md€ pour ce qui concerne la politique agricole.

 

Les gouvernements annoncent souvent des objectifs d’économie sur les dépenses de fonctionnement des opérateurs, mais celles-ci ne sont pas toujours publiées ou seulement avec retard et sans préciser l’impact des changements de périmètre. Selon le rapport de la Cour sur le budget de l’Etat en 2016, ces dépenses de fonctionnement s’élevaient en 2015 à 56 Md€.

2)    Les crédits de l’Etat

 

Les opérateurs sont financés par des crédits budgétaires prenant la forme de subventions, incluses dans les dépenses de fonctionnement de l’État à hauteur de 28,9 Md€ dans le PLF pour 2018 (pour leurs charges de service public), de « transferts », inclus dans les dépenses d’intervention à hauteur de 14,9 Md€ (au profit de tiers qui en sont les bénéficiaires finaux) et de dotations en fonds propres, incluses dans les dépenses financières à hauteur de 0,7 Md€. Au total, les crédits prévus en faveur des opérateurs s’élèvent à 44,4 Md€. Ils peuvent représenter plus de 75 %, voire 100 % des crédits d’un programme.

 

Programmes dont les crédits financent exclusivement des opérateurs

 

Programme

Opérateur

Recherche duale (civile et militaire)

CEA, CNES

Recherche spatiale

CNES Météo France

Régime de retraite et de sécurité sociale des marins

ENIM

Source : PLF 2018; budget général ; FIPECO.

3)    Les taxes affectées

 

Le projet de loi de finances pour 2018 prévoit l’affectation de taxes à 26 opérateurs pour un montant total de 6,6 Md€. Deux organismes, ou ensemble d’organismes, en reçoivent 59 % : les agences de l’eau (35 %) et l’agence de financement des infrastructures de transport de France (24 %).

 

Depuis 2012, le produit des taxes affectées à certains opérateurs est plafonné en loi de finances, le surplus de recettes par rapport au plafond étant reversé à l’État. En application de la loi de programmation pluriannuelle des finances publiques (LPFP), ce plafonnement concerne toutes les taxes affectées aux opérateurs en 2017, sauf justification spéciale. Le montant total de ces plafonds est ajouté aux dépenses budgétaires auxquelles s’applique la « norme d’évolution en valeur ». La LPFP prévoit une réduction de ce montant total sur la période de programmation. Le rapport de la Cour des comptes sur le budget de l’Etat en 2016 établit un bilan mitigé de ces dispositions.

 

Les taxes affectées aux opérateurs ne représentent qu’une petite partie des impôts et taxes affectés par l’État à d’autres organismes publics, dont le total atteint 277 Md€ (prévision pour 2018 du projet de loi de finances). La plus grande part (201 Md€) est destinée au secteur social. Les administrations publiques locales en reçoivent 53 Md€ et les autres organismes publics, dont les opérateurs de l’État, 24 Md€[3].

4)    Le total des crédits budgétaires et des taxes affectées

 

Les crédits budgétaires et les taxes affectées s’élèvent au total à 51 Md€ dans le PLF 2018, dont 87 % concernent 5 missions.

 

Les missions où les crédits aux opérateurs sont les plus importants

 

Mission

Crédits en faveur des opérateurs

Recherche et enseignement supérieur

23,4 Md€

Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales

8,5 Md€

Écologie, développement et mobilités durables

6,9 Md€

Travail et emploi

4,4 Md€

Culture

1,0 Md€

Source : PLF 2018 ; FIPECO.

 

Les opérateurs qui mobilisent les ressources budgétaires les plus importantes sont les universités (11,1 Md€), l’Agence de Services et de Paiements (7,8 Md€), Pôle Emploi (4,2 Md€), le CNRS (2,7 Md€) et les agences de l’eau (2,3 Md€).

5)    L’emploi et la masse salariale

 

En 2016, les effectifs rémunérés par les opérateurs étaient de 429 000 équivalents temps plein, dont 374 000 sous le plafond d’emplois autorisés par la loi de finances initiale (LFI), et leur masse salariale était de 28 Md€.

 

En 2018, les opérateurs pourraient employer 458 000 personnes (équivalents temps plein) dont 404 000 sous le plafond d’emplois autorisés par la loi de finances initiale (mais les emplois effectivement rémunérés sont toujours inférieurs aux prévisions de la LFI).

 

Les effectifs sous plafond les plus importants sont dans les opérateurs de la mission enseignement supérieur et recherche (259 000 en 2017, principalement dans les universités). Ceux de la mission travail et emploi en comptent 48 000, essentiellement chez Pôle emploi et ceux de la mission écologie, développement et mobilités durables 20 000.

 

Les emplois hors plafond se trouvent également pour une grande partie dans les opérateurs de la mission enseignement supérieur et recherche.

 

Depuis la loi de finances initiale pour 2012, les effectifs sous plafond sont en légère augmentation du fait des créations d’emplois dans les universités et chez Pôle emploi, les autres opérateurs étant contraints de réduire leurs effectifs. Une inversion de cette évolution est inscrite dans le PLF 2018.

 

L’évolution des emplois sous plafond des opérateurs

(Schémas d’emplois en équivalents temps plein)

 

 

LFI 2013

LFI 2014

LFI 2015

LFI 2016

LFI 2017

PLF 2018

Universités

1 000

1 000

1 000

1 000

950

0

Pôle emploi

2 000

2 000

0

0

0

- 341

Autres opérateurs

- 1 303

- 1 229

-930

- 846

- 476

- 757

Total opérateurs

1 697

1 771

70

154

474

- 1098

Source : PLF 2017 ; FIPECO.

 

Le rapport de la Cour des comptes sur le budget de l’Etat en 2016 montre que le plafonnement des emplois en loi de finances a été finalement assez peu opérant pour limiter la progression de la masse salariale des opérateurs pour diverses raisons : dynamisme des emplois hors plafond ; niveau élevé des plafonds au regard des effectifs réellement en poste ; insuffisante maîtrise des rémunérations.

6)    Les évolutions au cours des dernières années

 

Le nombre d’opérateurs est en baisse : il est passé de 798 en 2007 à 560 en 2012 et à 486 en 2018.

 

Les financements qui leur sont accordés par l’Etat ont néanmoins fortement augmenté puisqu’ils sont passés de 19,2 Md€ en 2007 à 38,9 Md€ en 2012 et 51,0 en 2018 en incluant le produit des taxes qui leur sont affectées. Celui-ci s’est d’abord accru, de 7 Md€ en 2007 à 10 Md€ en 2012, puis a baissé jusqu’à 6,6 Md€ en 2018, en partie en raison de la suppression ou de la rebudgétisation de certaines taxes..

 

Ces évolutions résultent notamment de la croissance de leurs effectifs : de 246 000 en 2007 à 451 000 en 2012 et 458 000 en 2018 (y compris emplois hors plafond).

 

La liste des opérateurs a changé au cours de ces dernières années, de même que leurs compétences et les charges inscrites à leur budget. En particulier, l’autonomie attribuée aux universités s’est accompagnée du transfert par l’Etat des dépenses de rémunération de leurs agents, ce qui s’est traduit à la fois par une forte augmentation des effectifs et des dépenses de personnel des opérateurs ainsi que des subventions pour charge de service public versées par l’Etat. Les rapports annexés aux projets de lois de finances ne présentent pas d’évolution des dépenses ou des ressources des opérateurs à périmètre constant.

 

 

 

[1] Qui, en dépit de ce statut, ont des activités principalement non marchandes.

[2] Celle-ci vise les ODAC, mais les ODAC et les opérateurs sont deux catégories très proches.

[3] Certains d’entre eux ne sont pas classés dans les administrations publiques de la comptabilité nationale.